dimanche 19 juillet 2009

Où je vais à mon premier défilé de mode...


Vendredi, j'ai une place au premier rang du défilé de Giles Deacon qui se déroule au Victoria and Albert Museum, dans la grande salle ou sont accrochés les cartons de Raphael. Joli cadre...
Giles Deacon est un jeune fashion designer, sorti de Saint Martins en 1992. Il a commencé aux côtés de Jean-Charles de Castelbajac, et il a travaillé pour Bottega Veneta et Gucci. En 2004, il lance sa marque, "Giles".
Le défilé du V&A était une rétrospective de ses pièces préférées des cinq dernières années.

Le noir se fait dans la salle, la musique est mise à fond, puis dans un rythme souvent assez endiablé, les "models" commencent à défiler.
J'ai vu des belles choses, élégantes, féminines, avec de jolies matières, fluides ou épaisses, des formes souples ou structurées, de beaux imprimés, et surtout des vêtements portables...
Quant au reste... Les mannequins elles-mêmes étaient des preuves vivantes de jusqu'où la mode va dans ses paradoxes. Elles ne pouvaient ni marcher dans leurs chaussures à talons démesurément hautes, ni marcher dans leurs robes sans se casser la figure (3 ont vraiment failli) en se prenant les pieds dedans, elles sont gênées par les piques qui sortent de certains vêtements et j'en passe.
Que dire ? Sinon que d'après ce que j'avais compris, la mode doit se porter, c'est sa définition même.
Dans un même défilé, on voit du beau, du sexy, de l'élégant, du moderne, du classique revisité, de la classe, du charme, du rêve, mais aussi du laid, du rigide, de l'importable, du ridicule, même du grotesque !
Et oui, j'ai vu l'oeuf noir avec des poils dont je mets la photo en dessous. Et certaines filles ont un casque sur la tête... Il y a certainement une idée derrière, un sens que mon oeil de néophyte ne sait pas voir, ni comprendre, mais je reste persuadée que je ne suis pas la seule.
Quant aux mannequins, elles sont très jeunes, horriblement maquillées, souvent maigrissimes. Elles ne vendent pas du rêve, elles sont un dur retour à la réalité : la mode est un monde non seulement impitoyable, comme le dit la légende, mais aussi étrange, et complètement déconnecté de toute réalité. Les mannequins ne sont pas belles (à part peut être quelques exceptions, et même une belle métisse qui a souri, Oh stupeur !!!). Elles "font la gueule", véritablement.
Quel est le sens de tout ça ? La mode devrait être le beau, dans ses créations, son esprit, et ses représentantes. Elle devrait être une célébration de la femme. Mais elle esclavagise la femme, sans pour autant la magnifier. "Il faut souffrir pour être belle" ne s'applique pas ici !
Peut être le nouveau beau dans la mode est-il justement le laid, la remise en question de tous les "principes" de beauté féminins, tels qu'ils existent depuis toujours. Faut-il comprendre : "portons du laid, et remettons ainsi en cause les diktats qui nous forcent à être toutes parfaites" ?
Mais alors, pourquoi les mannequins ne sont-elles pas rondes ?
J'ai beaucoup aimé cette belle première expérience de la mode, avoir un "glimpse" du glamour, et découvrir un morceau de ce monde m'a beaucoup intéressé. Mais mon premier contact m'a laissée perplexe et je me pose beaucoup de questions... Des réponses à me proposer ?


Story of a perfect and rainy day


Waddesdon Manor, le 19 juillet 2009.

Enchantement…

Waddesdon est une source d’infinis plaisirs…

Les scones moelleux recouverts de triple crème, comme dit Mr Leben.
La compagnie cultivée, passionnante et charmante du même Mr Leben, conservateur du château.
La visite du château, longue et excitante, où à chaque porte qui s’ouvre le cœur bat plus vite de savoir ce qu’il y a derrière.
De voir des meubles de Marie-Antoinette, de toucher des vases, des tissus.
La découverte d’une collection incroyablement riche, où Guardi, Riesener, Leleu, Watteau, Pater, Lancret, Greuze, Dubois, Benneman se multiplient dans chaque pièce.
Carlin, la délicatesse de la porcelaine de Sèvres et la pureté du bois de rose.
Mme de Polignac, charmante peinte par Vigée Lebrun.
Les détails drôles montrés avec humour par Mr Leben.
Les écuries, jolies comme tout, où l’on trouve de l’art contemporain.
La totale perfection des jardins, qui sont l’incarnation parfaite de l’accord possible entre l’homme et la nature, l’équilibre délicat entre nature et culture, la sublime adéquation entre artificiel et naturel.
La promenade sous la pluie, le cœur qui bat à chaque tournant de découvrir une nouvelle vue, un bel arbre, une perspective, une prairie verte comme un rubis mouillé, parsemée d’arbres centenaires, nobles et puissants, qui donnent un sens au monde, au temps, qui sont une permanence dans nos vies.
Le sentiment de paix, d’adéquation, être là où on doit être et en profiter chaque seconde qui passe.
L’élégance chantournée de la volière rocaille.
Les douces ondulations vertes des collines du parc.
L’impression d’être Elisabeth Bennett marchant dans les allées de Pemberley.
La gentillesse des gens qui travaillent au château, qui me félicitent quand Mr Leben dit que je suis en stage au V&A.
La beauté de la campagne anglaise.
La fraîcheur des gouttes de pluie sur mon visage quand je marche dans les allées.
Mes courses pour m’abriter des trombes d’eau qui tombent.
Mon Closer qui me sert de parapluie.
Mes cachettes sous des pins en attendant Mr Ali le taxi sous la pluie.
Ecouter le bruit de la pluie.
Sentir l’odeur de la nature mouillée (la mienne aussi, chien mouillé…)
La course folle de dizaines de lapins dans un champ éclairé de soleil couchant dans le train du retour.
L’envie de continuer à découvrir ce pays intriguant, où tant de beauté existe, et qui reste si beau sous un ciel gris, mystère…
To be continued
!

lundi 11 mai 2009

Découvrir To Be Still d'Alela Diane

To Be Still, album d'Alela Diane.

Je crois bien que c'est la première fois que j'écris sur un album qui vient de sortir. C'est parce que j'estime que je n'ai pas ce qu'il faut pour parler de la musique actuelle... Je peux bien donner mon avis sur une interprétation de La Mer de Debussy, et j'ai quelques bases en musique classique, mais je ne sais pas voir dans une chanson récente les influences et les antécédents... Je crois même que je manque d'une culture musicale de base en matière de musique contemporaine.
Ceci dit, ça ne m'empêche pas d'avoir des coups de coeur, et je voudrais aujourd'hui dire deux mots du nouvel album d'Alela Diane, nouvelle icône folk de l'Amérique.
J'ai entendu pour la première fois la voix envoûtante de cette chanteuse en juin 2008, avec l'album The Pirate's Gospel, alors que son succès en France commençait à peine...
J'ai aimé la mélancolie de ses ballades, la profondeur de sa voix, la douceur de ses mélancolies. A écouter : "My Tired Feet", et "The Rifle" par exemple. Sobriété parfaite.
To Be Still est sorti il y a peu, et je n'ai pas regretté de l'avoir acheté.
Mais c'est un album qu'il ne faut pas écouter une seule fois. Il faut se plonger un peu dedans, et à force de l'écouter, les chansons prennent forme, on s'y attache, pour finalement ne plus pouvoir s'en détacher.
Ici, moins de mélancolie et de spleen, c'est moins intimiste mais il y a toujours une atmosphère douce, poétique, hors du temps, magique...
Je vous conseille particulièrement "White as Diamonds" et "My Brambles".
Une belle parenthèse de légèreté, d'humanité, et de quiétude, comme le titre l'indique. A savourer !

Le charme suranné d'une vieille comédie musicale américaine

Le grand Gene Kelly dans An American in Paris
Hier dimanche, jour de pluie et de flemme : je regarde The Band Wagon, ou Tous en scène en version française. Autrement dit, un chef d'oeuvre de Vicente Minelli avec Fred Astair et Cyd Charrisse.
J'ai grandi avec Singing in the rain et An American in Paris, alors pour moi ces comédies musicales ont le charme et la douceur de l'enfance...
Gene Kelly est pour moi un idéal masculin, sa façon de danser l'élégance incarnée, et ses chorégraphies des perfections. Il savait chanter, danser, jouer, faire des chorégraphies, faire des claquettes... Qui de nos jours peut en dire autant ??
La musique de Gershwinn dans An American in Paris, je la connais tellement par coeur qu'elle est la musique de fond de mes rêves.
Les décors en papier mâché, les coupures trop visibles, les chansons qui ne sont pas toujours synchrones avec les images... tout ça donne un charme suranné à ces films. Bien sûr, ils ne sont pas parfaits, et pour citer l'un deux, "quand on en a vu un, on les a tous vus". Mais non, rien n'y fait, j'y prends toujours autant de plaisir.
Je trépide de joie quand je regarde Gene Kelly et Georges Guétary dans Singing in the rain qui chantent "'s awful nice" !
J'ai des frissons quand le même Gene et Cyd Charisse dansent de façon incroyablement sexy dans Singing in the rain...
Je ris en écoutant "Fit as fiddle" où Gene et Donald O'Connor font les imbéciles !
Des souvenirs, un plaisir chaque fois renouvelé (malgré les 1300 visionnages), l'élégance des sentiments, des acteurs, de la musique, des histoires... Des ingrédients irremplaçables pour 1h30 de bonheur enfantin !The Band Wagon, Fred Astair et Cyd Charisse

mercredi 6 mai 2009

Du bonheur à Pompidou : Kandinsky parmi nous !

Automne en Bavière, 1908, Centre pompidou.

J'ai mis du temps, mais j'écris enfin sur l'expo Kandinsky à Beaubourg.
Oui, je l'ai vue il y a 2 semaines cette expo, mais j'ai du attendre pour écrire, attendre que son souvenir ne soit plus si aveuglant, et que je puisse être un minimum objective sur ce que j'ai vu...
Le souvenir n'est plus aussi aveuglant. Quant à l'objectivité, hum, il semble bien qu'elle soit impossible, Kankinsky étant un de mes peintres préférés, qui m'a toujours fait sentir des choses incroyables (je deviendrai même voleuse pour avoir un petit bout d'une toile mais chut !)...
D'abord, très belle expo.
Tout est blanc, et les peintures resplendissent dans leur écrin, rien ne dérange la contemplation.
Tout est grand. Il y a de la place pour se reculer, admirer, se reposer l'oeil... L'art y respire. Cette expo a sans doute été prévue pour être un "hit", et la circulation des foules semble possible. Bon point !
Détail déstabilisant et très très réussi : la place des cartels. Ils sont à 2m de haut, au dessus des tableaux ! Ils sont bien lisibles, car écrits en gros, et leur place évite les entassements de personnes tout près d'un tableau : pas besoin de se plier en deux pour lire un écriture minuscule. seul petit défaut : aucune indication sur la technique. Là, mon père me dit que c'est une déformation professionnelle de dire des choses pareilles, mais il a bien du reconnaître que pour des aquarelles, ne pas savoir si le noir est de l'encre ou autre chose, c'est embêtant... Mais il n'en reste pas moins que ce choix muséographique est bon.

Sur Kandinsky, que dire... ?
Les différentes phases de sa création sont clairement montrées. On sent dès les premières toiles que son pinceau et sa couleur le démangent, et qu'il n'attend qu'un signe pour passer aux explosions qu'on lui connaît.
Le plus fascinant chez Kandinsky, ce sont justement ces couleurs. Leur parfaite harmonie, leurs nuances, leurs dégradés... Debout devant une toile comme l'Improvisation 19, de 1911 (Munich), je souris, j'ai le coeur léger, j'entends la musique des couleurs dans ma tête, j'ai envie de rire, de sauter. Poésie et bonheur à l'état pur !
Sa dernière phase, par contre, beaucoup plus géométrique, ne m'a pas beaucoup convaincue. Avec les lignes droites, il perd en fluidité, il gagne en sécheresse, la joie est perdue.
Il n'en reste pas moins que Kandinsky est un des plus grands, qu'on soit fan ou pas...
A voir, à voir absolument : une telle concentration de beauté, de couleurs, de joie tout simplement, c'est à ne pas rater dans une vie !

Fragment 2 pour composition VII, 1913, Buffalo.

mardi 28 avril 2009

Havre de paix : le musée Delacroix

Si un jour vous vous trouvez par hasard (ou pas) sur la jolie place Furstenberg, derrière l'église Saint Germain des Prés, entrez au n°6 !
Vous passerez sous un vieux porche, puis vous vous trouverez dans une mignonne cour pavée. Sur la droite, une porte donne sur un escalier : montez ! Il vous mène au joli petit Musée Delacroix.
Découvrez alors la maison où l'artiste a passé une grande partie de sa vie et de sa création, et où il est mort.
Déambulez dans de jolies pièces décorées de meubles Premier Empire, et prenez plaisir à regarder les toiles des peintres anglais qui ont marqué la route artistique de Delacroix.
Et surtout surtout, ouvrez la porte qui mène sur le jardin et sur l'atelier qu'il s'était fait construire pour peindre tranquille. Si vous y allez un jour de joli temps, en descendant vers l'atelier, vous sentirez le lourd parfum des glycines en fleurs...
L'atelier est beau, le rêve de tout artiste. Lumière, espace, inspiration. De jolis dessins du peintre sont exposés, et d'autres peintures montrent qui l'a influencé.
Le jardin est un petit morceau de romantisme suranné, en plein coeur de Paris. Asseyez-vous sous les arbres, et écoutez le calme...
Voir du beau en découvrant les coins secrets de Paris, voilà le programme de l'été !
Je vous raconte bientôt mes autres "découvertes"...

Guimard dans Chéri !

Avis à tous les amateurs de Guimard, et à ceux qui étaient venus à la visite sur Guimard dans le 16e arrondissement !!
Le dernier film de Stephen Frears, tiré de l'oeuvre de Colette, Chéri, met en scène le monde des courtisanes au début du XXe siècle.
Léa, maîtresse du fameux Chéri, de beaucoup son cadet, est jouée par la toujours trés belle Michelle Pfeiffer.
Et elle vit.... dans l'hôtel Mezzara ! Celui-là même que nous avons vu, 60 rue de la Fontaine et qui a été construit en 1910 pour un industriel du textile, qui lui donne son nom.
Aucune réalité historique donc dans le fait qu'une courtisane ait habité l'hôtel de Guimard, mais il n'en reste pas moins qu'on voit dans le film toutes les beautés de l'intérieur de l'hôtel, qui sont si rarement visibles... Voir des robes 1900 absolument sublimes dans un décor tout aussi sublime de Guimard, ça fait soupirer d'envie...
Alors, rien que pour le plaisir des yeux, courez voir Chéri, qui par ailleurs est un joli film, et une trés belle histoire d'amour.
Amour et Art Nouveau, que demander de plus ??

lundi 27 avril 2009

L'étrange monde de William Blake...

En ce moment, au Petit Palais, très belle exposition sur l'artiste anglais William Blake.
Expo de taille raisonnable et à la muséographie sobre et agréable.
Tout y est fait pour nous faire pénétrer dans le monde de Blake, un monde hanté de flammes, de ciels surnaturels et de personnages fabuleux ou terrifiants...
William était un poète autant qu'un peintre, et on croise de nombreuses citations (en anglais ! du bonheur...) de son oeuvre pendant la visite. Et on comprend bien que toutes les gravures qui constituent l'exposition sont intimement liées à cette poésie élégiaque et singulière.
Personnellement, j'ai toujours trouvé difficile d'apprécier les corps torturés de Blake, mais il existe une intensité dans son oeuvre, une puissance qui empêche parfois de quitter une gravure des yeux...
Le titre de l'exposition, qui qualifie le peintre de "visionnaire", est tout à fait juste, et la modernité de son imagination n'est dépassée que par la virtuosité et le lyrisme de son pinceau.

dimanche 5 avril 2009

Du pop au Palais

Edith Scull 36 times, Andy Warhol, 1963, Fondation Warhol

La semaine dernière, je profite de ma carte du Louvre qui est mon sésame à moi pour aller voir "Le grand monde d'Andy Warhol" au Grand Palais. Attention, on ne comprend le jeu de mots du titre qu'une fois dans l'expo : ce ne sont que des portraits, et de grandes personnalités... Alors ceux qui n'aiment que les soupes Campbells, s'abstenir !!
Les autres, un conseil : allez faire un tour.
Je ne suis pas une fan de Warhol, j'ai toujours trouvé ça divertissant, mais franchement limité comme expression artistique et au niveau du sens.
Mais là j'avoue qu'en sortant, j'étais un peu déstabilisée (un bon point pour l'expo !). Je ne sais pas quoi penser de cette série de portraits. Ils commencent en 1962 avec la série Marilyn, si connue. Puis Warhol continue, il a trouvé une technique, la sérigraphie, qu'il exploite longtemps et avec grand succès. C'est le nouveau portrait officiel à la mode. L'expo classe les portraits en différents types : les stars, les princes et princesses, les artistes, les grands hommes, les hommes riches...
On pourrait vraiment penser qu'ils se ressemblent tous, ces portraits. Mais non. Bien sûr leurs couleurs changent, mais les textures, les poses, les jeux divers sont des variations qui rendent vivant chacun d'eux... Et cette vie qui les caractérise est aussi un paradoxe.
Reste qu'au delà de ça, je n'ai pas compris, je n'ai pas réussi à saisir, à donner un sens à tout ça. J'ai bien pressenti qu'il y avait quelque chose derrière, de plus profond que des portraits de stars en rose et vert fluo, mais quoi ? Derrière le côté paillettes, qu'est-ce que Warhol a voulu dire ? Car malgré tout, ces portraits semblent cacher une angoisse sourde. Celle de l'artiste peut être, fasciné et horrifié à la fois par la mort, qui chercherait à l'éloigner en immortalisant en série ? Ou peut être est-ce celle d'une société tout entière qui cherche son sens, qui a perdu son chemin au milieu des changements fous qui la transforment ? Se raccrocher à un portrait pour ne pas disparaître dans une société de consommation qui écrase les individus... Et là réside le paradoxe avec l'apparence même de ces portraits : ils sont vivants, colorés, joyeux parfois. Mais il reste toujours une tension, un malaise presque morbide qui se dégage de cette galerie... Je ne peux pas aller plus loin, je cherche encore. Mais si j'y retourne et que je trouve le sens que je cherche, je vous le dis, promis !

lundi 23 mars 2009

Petit coup de foudre

Claudie Laks, Sans titre, août 2006
Vendredi, Salon ArtParis sous la verrière du Grand Palais. Quelques trés belles choses, quelques choses difficilement regardables, beaucoup de chinois et d'italiens, du bon, du beau, du mauvais, et.... Claudie Laks. Une peintre qui m'a mis du soleil dans les yeux et le coeur avec deux peintures. Une trés grande de bien 3m sur 2, dans les tons pastels, et une plus petite et plus vive en couleurs.
Je n'ai pas trouvé les photos, mais je vous mets deux autres toiles de cette artiste, qui donnent une idée de ce que j'ai aimé. J'espère qu'elles éclaireront votre journée comme elles ont éclairé la mienne. D'ailleurs elles continuent encore aujourd'hui... Ce n'est pas grandiose, c'est un peu de couleurs, un peu de joie et ça fait sourire !

Claudie Laks, Entrelacs, septembre 2007

lundi 2 mars 2009

Finesse et brusquerie : la Grande Martha

Toujours au même concert de ce soir : Concerto pour piano et orchestre n°1 en ut majeur op. 15 de Beethoven par le même orchestre et avec..... Martha Argerich !
Je n'ai pas souvenir d'avoir déjà entendu Martha Argerich avant ce soir, où alors il y a longtemps. Il est incroyable de voir le contraste qu'elle porte en elle. Elle a une finesse de jeu parfaite, exquise parfois, puissante à d'autres moments, ses mains ondulent et volent sur le clavier, elle donne au mouvement lent du concerto une douceur, une sensibilité... Elle s'accorde avec l'orchestre avec des fondus, comme au cinéma. Elle me fait pleurer.
Puis à l'instant où elle a posé sa dernière note, elle saute de son tabouret et se jette quasiment au cou du chef d'orchestre et s'exclamant ! Puis quand elle revient pour un bis, elle balance son mouchoir en tissu sur le piano, se précipite au piano et se lance dans le morceau sans même respirer, presque brutalement... Elle salue abruptement, fait des commentaires aux violons, puis s'en va sur un coup de tête !
En une seule personne : une sensibilité artistique fascinante, une dextérité technique rare, et une brusquerie, un manque d'élégance complet. L'essence du génie ?

12 minutes...

12 minutes. C'est le temps qu'il ma fallu pour découvrir, être convaincue et aimer Ligeti !
Première expérience ce soir à Pleyel. L'Orchestra d'ell'Accademia Nazionale di Sante Cecilia de Rome jouait le Concert Românesc, daté de 1951.
En quatre mouvements, l'affaire était pliée : j'ai aimé la sensibilité, les solos si élégants et la douceur du larghetto. Puis j'ai aimé l'humour, le rythme enlevé et le côté sautillant de l'allegro vivace. J'ai apprécié l'étrangeté et l'aspect lointain de l'adagio ma non troppo, avec ses traces de Stravinski. J'ai ri au presto poco sostenuto, car Ligeti nous fait passer d'un moment d'angoisse sourde, où le bourdonnement des cordes nous oppresse, à une danse roumaine joyeuse et drôle !
L'orchestre et le chef d'orchestre, Antonio Pappano, étaient parfaits. Tous les musiciens suivaient au millième de seconde, avec finesse et intelligence, et le premier violon était brillantissime. Au final, pas un couac, pas une erreur (audible en tout cas..). Parfait pour une introduction à un nouveau compositeur.
Bien sûr, il va me falloir approfondir tout ça... Le Concert Românesc ne suffit pas.
Mais il n'est reste pas moins que j'ai été fascinée, émue et touchée pendant 12 minutes intenses, sans pouvoir arracher mon regard de la scène, et tant de bonheur en si peu de temps, grâce à la musique, c'est assez rare pour que je remercie Ligeti et l'orchestra d'ell'Accademia Nazionale di Santa Cecilia !

mardi 24 février 2009

Catharsis bollywoodienne : non au snobisme !

Parler de Bollywood à un amateur de cinéma, c'est comme parler de Viollet-le-Duc à un puriste du Moyen-Age : des cris, des injures, et surtout un mépris profond.
Ce post a pour but lui aussi de crier - sans doute moins d'injurier - et de mépriser les snobs, ceux qui se refusent du plaisir pur et direct sous prétexte d'intellectualisme.
Bollywood est un cinéma d'une importance sociétale, économique et culturelle fondamentale pour un pays qui prend tous les jours une place plus grande dans le monde, l'Inde.
Un Bollywood en Inde, c'est toute la famille qui s'y retrouve, on amène ses coussins, son diner, sa boisson. Oui, tout ça, car un Bollywood dure au moins 3h... Et pour avoir vu un Bollywood dans une salle où se trouvaient des Indiens, j'ai pu entrevoir le phénomène qui se déroule durant le film. A chaque chanson, chorégraphie, tout le monde se lève, tape dans ses mains, reproduit la chorégraphies au bout de quelques minutes, et chante. Une authenticité du plaisir et un sincérité des sentiments absolument impossibles à trouver dans une salle de cinéma française. Oui, on rit, parfois on verse une larme, mais ca ne va que rarement plus loin. Le cinéma est passé d'un moment d'émotion pure à un moment comme un autre, où la règle veut qu'on soit à distance de ce qu'on voit.
Pourquoi ?? Pourquoi bouder un plaisir immédiat ?? Ne devenons pas tous téléramiesques, c'est à dire intellos et difficiles à contenter...
Dans un Bollywood, quand le héros voit l'héroine pour la première fois, les violons jouent, elle est de dos, puis elle se retourne en faisant bouger ses cheveux comme dans une pub de shampoing, tout est au ralenti... A chaque moment d'émotion, le vent souffle dans les cheveux des personnages. A chaque moment joyeux ou amoureux, le couple danse sur des sommets de montagnes, en chantant son amour...
Chaque Bollywood a une morale, simple, principalement sur les valeurs de la famille et de l'amour. Mais la morale n'est pas le but, comme c'est toujours le cas dans les films européens (le cinéma hollywoodien est beaucoup plus proche du bollywoodien qu'on ne le croit). Je l'ai dit : le plaisir est le but. Celui de la musique, de belles actrices, de beaux acteurs, de jolies chansons, de belles histoires d'amour, des chorégraphies drôles et jolies (pas toujours, mais souvent).
Un Indien vit devant un Bollywood, il réagit, il ressent, il bouge. Bollywood est l'équivalent de ce qu'était pour nous le théâtre il y a encore quelques centaines d'années : un lieu d'expression et de partage. Bien sûr, tous les Bollywoods ne sont pas bons, certains sont ringards, d'autres de seconde zone, d'autres trop longs, d'autres ridicules...
Mais il n'en reste pas moins qu'un Bollywood est une catharsis, un moment pur d'émotions au premier degré. Bollywood, c'est la nouvelle agora : un théâtre de sentiments et de comédie humaine.

Bruges : frites et Renaissance

Week-end à Bruges. Quel dépaysement !
J'étais loin de penser que la découverte de Bruges me ferait tant voyager.
A trois heures de Paris, Bruges est un autre monde, celui du Nord, qui s'ouvre à moi, parisienne et française jusqu'au bout des ongles, pour la première fois.
Tout est différent : les couleurs, l'architecture, les gens, la culture, les plaisirs...
Tout est rose, la brique est partout, qui crée un univers pastel et charmant.
Tout est ancien. Et pas ancien du XIXe siècle, comme c'est le cas à Paris. Mais ancien du XVIe siècle, voire avant... Sur les maisons, des plaques de pierre gravées marquent 1452, ou 1556 !
Tout est en parfaite unité, du centre aux alentours. Mais l'unité a sa diversité bien sûr, car chaque maison est différente de sa voisine, et les toîts en escalier créent un vallonnement, des variations douces à l'oeil du promeneur...
Tout sent la frite et quand Brel chantait "ça sent la bière de Londres à Berlin", j'ai pu changer un peu les paroles : "ça sent la frite, de Bruges à Bruxelles"... Car oui, au delà de tout cliché, Bruges sent la frite, et la gauffre, et si le chocolat ne sent pas, on salive à chaque vitrine de chocolaterie, et elles sont nombreuses...
Tout est petit, vu du beffroi, vu de 88m de hauteur, après 366 marches...
Tout est paisible. Dans certains coins de la ville, on entend seulement les oiseaux et les fers des chevaux sur le pavé, on se sent transporté loin, dans le temps et l'espace. Retour à la Renaissance flamande telle que je me l'imaginais...
Tout est joli, sous le soleil. Tout est suranné, vieux rose, charmant, étonnant, apaisant...
Tout n'a pas perdu de son authenticité, comme à Carcassonne ou ailleurs. Tout est vrai, tout est là. Il semble vraiment que le temps s'est arrêté au XVIIe pour ne plus avancer, et que rien n'a changé. Tout est immobile à Bruges...
Une jolie parenthèse, une balade salutaire dans le temps !

jeudi 5 février 2009

Depuis le premier rang... (de la Salle Pleyel)

Depuis le premier rang, hier soir, j'ai d'abord entendu le Cantus in memory of Benjamin Britten d'Arvo Pärt, daté de 1977.
Depuis le premier rang, je me suis laissée enrouler, envelopper, envoûter par les vagues sonores de Pärt, par la montée en puissance progressive de l'orchestre, par l'explosion du son, ses envolées, je suis entrée dans la musique, j'étais au coeur de l'orchestre...
Depuis le premier rang, j'ai découvert la Sinfonia de Requiem de Britten, de 1940, j'ai bien senti l'angoisse sourde du début, j'ai entendu le tragique du Lacrymosa, puis j'ai ressenti la colère de Dieu dans le Dies Irae, dans la cavalcade des instruments, et je me suis laissée surprendre par les douces mélodies du Requiem final...
Depuis le premier rang, j'ai écouté la Messe en ut mineur de Mozart.
Depuis le premier rang, j'ai vu la soprano devenir toute rouge quand elle a lancé son contre ut, j'ai vu le ténor chantonner les mélodies du choeur, j'ai vu le basse soupirer d'ennui quand il ne chantait pas, j'ai vu la seconde soprano lancer des regards d'envie à la première, j'ai vu une altiste rigoler en plein morceau quand son voisin de pupitre s'est planté dans le rythme, j'ai vu que les violonistes ont un métier très physique, mais j'ai vu aussi le chef d'orchestre Paavo Järvi parler à son orchestre avec ses mains, j'ai eu des vibrations dans le ventre quand la soprano chantait, j'ai frissonné quand le choeur a atteint toute sa puissance...
Depuis le premier rang, je suis rentrée dans la vie de l'orchestre, dans sa complexité, dans ses difficultés, dans ses complicités, dans sa dynamique. Depuis le premier rang, j'ai appris plein de choses, j'ai donné une réalité physique à la musique que j'aime tant entendre. Depuis le premier rang, j'ai brisé un peu du rêve, du mythe, mais je ne le regrette pas...

mardi 27 janvier 2009

De la contemplation chez Rothko

Suite et fin de mes émerveillements londoniens...
Grande expo Rothko à la Tate en ce moment. Le titre complet est "Rothko : The Late Series". L'expo présente effectivement les séries qui datent des années 1950, jusqu'à 1970.
Par exemple la pièce 3, immense, reconstitue une série de toiles destinées au Four Seasons de NY, pour lequel Rothko avait réalisé 30 toiles. 7 sont exposées ici, et l'effet est saisissant.
On entre dans un univers parallèle. Cette salle est la preuve vivante que la phrase (souvent entendue) "Rothko, c'est toujours pareil", est fondamentalement fausse. Tout change ici, de tableau à tableau : le format, les formes représentées, les motifs, les couleurs, les matières, les atmosphères... On passe d'un orange vif à un violet pâle, d'un rouge sang à un noir profond.
Et Rothko sait jouer avec notre regard, avec le visible et l'invisible. Les formes qu'il peint sont mouvantes, elles disparaissent quand on s'éloigne, mais réapparaissent quand on fait un pas vers la gauche. Tout ça vibre et vit.

Mark Rothko, "Red on marron", mural section 4, 1959, Tate Gallery.

Souvent encore, on entend des gens se demander "à quoi ça sert Rothko ?". Il faut aller au-delà de la première impression, avec ce peintre. Il ne suffit pas de passer devant un Rothko pour en comprendre l'essence. Il faut s'installer, se placer bien devant, et se jeter dedans. Une toile de Rothko, c'est une surface de contemplation, une immensité de méditation et d'apaisement possible. Mais c'est aussi un risque à prendre, une chute, qui nous amène loin du tableau justement. Car dans le tableau, quand on est "rentré" dedans, il y a nous. C'est une peinture introspective, que celle de Rothko, et elle nous ramène à nous-mêmes, de façon profonde et parfois angoissante. Dans les salles suivantes sont exposés des tableaux noirs. Bien sûr, ils ne sont pas vraiment uniquement noirs, se plonger dedans quelques secondes suffit à nous faire découvrir leur complexité, leurs couches, leur profondeur. Mais devant ces tableaux, on sent beaucoup : on sent de la violence, de la puissance, de la peur... Et dans la série des "Black on Grey", c'est une impression d'infini, d'illimité qui nous touche.

Mark Rothko, "Number 1", 1964, Kunstmuseum, Bâle.

Regarder un Rothko, c'est une plongée dans l'inconnu, c'est à la fois un aveuglement et une illumination. Et c'est de toute façon une expérience personnelle incroyable, que cette expo que je vous conseille, permet magnifiquement.

De la muséographie, Chapitre II

Suite de mes impressions londoniennes.
Visite mercredi de la British Gallery du Victoria and Albert Museum.
Cette galerie sur deux étages est consacrée aux arts décoratifs anglais, du XVIe à la toute fin du XIXe siècle.
Je ne vais pas parler de goût ici, ou de qualité des objets exposés, même si elle est certaine. Mais de ce qui sera un jour (j'espère) une partie de mon métier : la muséographie. J'en ai déjà parlé, et j'avais donné une "définition". J'ai pu, en allant en Angleterre, comparer deux approches. Et j'ai bien du me rendre à l'évidence : l'Angleterre est en avance, ô désespoir des chauvins !
Peu de monde dans la galerie avec moi, mais j'ai remarqué que les gens qui y étaient y restaient longtemps, prenaient leur temps, traînaient, écoutaient, lisaient, regardaient...
En effet, tout est présent ici : non seulement on peut y voir, mais on peut y entendre, et on peut y toucher ! Des systèmes d'écouteurs permettent d'écouter de la musique des instruments exposés, où des commentaires de professionnels sur telle ou telle period room, il y a des échantillons de matières, tissus ou essences de bois, il y a des écrans tactiles où chacun peut créer son motif d'indienne (toile de coton imprimée), ou lire des informations... (Voir les photos de médiocre qualité que j'ai prises). On peut s'y asseoir, ce qui est une des conditions d'une bonne visite. Il y a une salle de projection avec des films sur différents thèmes liés aux arts décoratifs et au goût anglais à travers les siècles.
Les informations sont de qualité, claires, simples, mais fournies pour qui veut en savoir beaucoup plus.
Et enfin, la British Gallery est la réalisation de tous mes idéaux muséographiques !! J'ai trouvé là tout mon musée imaginaire, mis en place exactement comme je le voudrais !
Tout d'abord, l'ensemble est chronologique, ce qui permet de découvrir les évolutions et de comparer (la comparaison est une des pierres angulaires de la muséographie telle qu'on la conçoit de nos jours). on avance dans le temps en découvrant différents aspects. Puis il n'y a pas ici que des meubles, il y a des objets, des peintures, des costumes, des reconstitutions, des instruments de musique... La vision est globale, pluridisciplinaire, complète !
J'y suis retournée le lendemain, pour vérifier si je n'avais pas rêvé mon musée parfait, mais la galerie était toujours là, et je vous la conseille chaudement !

Un sentiment anglais

Séjour de 5 jours à Londres. J'en rentre avec tant d'impressions, d'idées, d'images...
Échantillon de sensations :
J'ai été dans 3 musées, et cette histoire de gratuité de tous les musées donne une sensation étrange de liberté et de démocratie. Ce n'est pas tant de ne pas payer (étant étudiante en art, je ne paie jamais mes entrées dans les musées), mais c'est d'entrer librement. Il n'y a pas de contrôle, pas de passage obligé, chacun vient passer un moment ici où là, discuter, se poser, voir une ou deux oeuvres, ou passer la journée. Mais on s'y sent chez soi, on n'y est pas impressionné, on n'a pas peur d'entrer, d'avancer... Ce qui est loin d'être le cas au Louvre, ou à Orsay, ces "monstres", si riches mais si intimidants !
Ici, cette liberté si simple qui nous est offerte m'a donnée l'impression que les oeuvres sont une propriété de tous, un bien commun à l'humanité que chacun a le droit de partager. Un sentiment d'universel... Simplement de faire partie de cette communauté d'humains qui créent et admirent, qui aiment ou n'aiment pas ! Je ne veux pas paraître sentimentale ou trop idéaliste, et ces ressentis dont je parle ne sont pas venus instantanément durant mes visites. Mais petit à petit, je me suis sentie incroyablement à l'aise à la Tate Modern, au Victoria and Albert Museum ou à la National Gallery, libre d'entrer et de sortir, de revenir ou pas, de ne faire que passer ou de rester deux heures devant "Evening Star" de Turner, de me perdre dans les salles et les couloirs, et de me retrouver en voyant un Sisley ou un Kandinsky...
Une belle expérience, car contrairement à ce que mon cursus pourrait faire croire, je ne me sens que très rarement à l'aise dans les musées, et si j'ai un plaisir immense et insatiable à regarder du beau, cela ne suffit pas...
Mais mon aventure anglaise m'a confirmée qu'un musée peut être une "home sweet home", mais un "home sweet home" commun à tous !

dimanche 21 décembre 2008

Question de style


Qu'est-ce que le style ?

Cette question me trotte dans l'esprit depuis près de deux semaines maintenant, et j'avoue rester perplexe. Comment le définir ? Comment le mesurer ? Le style peut-il s'apprendre ?
Bien sûr le mot style peut s'appliquer à de nombreuses choses : une peinture, un vêtement, un texte, une manière d'être...
Mais je pose ici la question du style littéraire. A mes questions, le Petit Robert répond d'une façon complexe : "Aspect de l'expression littéraire, dû à la mise en oeuvre de moyens d'expressions donc le choix résulte, dans le conception classique, des conditions du sujet et du genre, et dans la conception moderne, de la réaction personnelle de l'auteur en situation". Passons sur la conception classique, car la notion de genre est de moins en moins d'actualité. Mais intéressons-nous à la conception moderne : mise en oeuvre d'expressions dont le choix résulte de la réaction personnelle de l'auteur en situation. Totale relativité ici. Aucune règle, aucune norme. Donc je n'avance pas dans la résolution de mon problème.

Comment savoir si quelqu'un a "du style" ou non ? Peut être au fait qu'on peut reconnaître son écriture parmi d'autres. Mais si je peux reconnaître le style de Barbara Cartland, est-ce à dire qu'elle en a un ? Oui, chaque personne qui écrit a UN style. Mais avoir "DU style" est autre chose. Là encore, question de subjectivité et de relativité. Mais on peut s'accorder, au delà des question de goûts, à dire de certaines personnes qu'elles ont "du style". Balzac, Maupassant, Hugo, Cendrars, Duras, voilà du style ! Pour les grands auteurs, on s'accorde.
Mais l'accord naît surtout de l'idée que le style vient de la capacité à exprimer des idées personnelles. Valéry écrit : "le style est une question non de technique, mais de vision". Et Buffon : "Le style doit graver des pensées, ils [les écrivains qui n'ont pas de style] ne savent que tracer des paroles". Pour lui, le style se mesure par les "vérités qu'il présente".
Mais avec le développement actuel des médias, les journaux sur internet, les blogs, que penser ? Toute personne ayant des idées fondées a-t-elle du style ? Non, bien sûr. Mais alors quoi ?
Chateaubriand a écrit que le style, "c'est le don du ciel, c'est le talent". Si la vérité est dans cette phrase, les personnes ayant du style doivent se compter sur les doigts de quelques mains.
Mais j'en suis venue à penser que le style est quelque chose comme avoir une patte personnelle, une façon spéciale d'exprimer des idées, une caractéristique qui marque, qui donne à l'écriture son unicité. La notion d'unicité me semble d'ailleurs fondamentale. Bien sûr, qui sommes-nous pour en juger ? Mais une personne qui lit beaucoup, qui lit des choses très différentes, qui a une culture littéraire, doit pouvoir sentir du style quand elle en croise.
On a donc parlé du style comme fond, et comme forme. Le vrai est probablement dans la jonction des deux. Écrivez bien des choses insensées, ou écrivez mal des idées fortes, et le style n'y trouve pas son compte.

A la question de savoir si le style s'apprend, Valéry répond : "Cela ne s'acquiert pas, mais cela se développe". Si l'on suit Chateaubriand et Valéry, le style ne s'invente pas. On l'a ou on ne l'a pas. Et même si on l'a, cela ne suffit pas. Ça se travaille, ça se retouche, ça évolue. Pleurez si vous n'avez pas reçu le style en héritage !

Découvrir l'opinion de ces "grands", même ça ne m'a pas permis de trouver LA réponse, (et je doute qu'il y en ait une seule), m'a permis de comprendre un peu plus l'essence de cette chose insaisissable qu'est le style. Matière, façon de l'exprimer, don...
Mais je crois que le style est avant tout quelque chose à inventer personnellement et de façon indépendante, une voie à trouver... Et pour cela, je cite Jules Renard : "Le style, c'est l'oubli de tous les styles".

jeudi 11 décembre 2008

Burn after watching ?


La semaine dernière, Burn after reading, la dernière production des frères Coen.
La première chose que je dois dire, c'est que j'ai ri... Beaucoup même. Et bien, d'un bon rire, provoqué par du vrai comique de situation ou de jeu. Et ça faisait longtemps que je n'avais pas tant ri, bien ri devant un film.
Burn after reading, c'est avant tout l'histoire de cinq paumés, des losers. Ils sont petits, ont des vies petites, sont enlaidis par leurs petites obsessions (chirurgie esthétique, sport, sexe, alcool...). Ils mentent, volent, font du chantage, tuent.
Ce "pitch" de départ est servi par une bande d'acteurs extraordinaires. On a beaucoup glosé sur le contre-emploi qui est fait de George Clooney et de Brad Pitt, mais ce n'est pas ça qui compte. Ce qui compte est leur talent. Ils ont su (et ils ont du beaucoup s'amuser en le faisant) rentrer complètement dans leurs rôles respectifs. Brad Pitt fait jeune et franchement con, Clooney fait ringard et lâche... Et la preuve de leur talent, c'est qu'ils ne sont pas attachants : même si on reconnaît Clooney, on ne l'estime pas, on ne l'apprécie pas, malgré qu'on en soit fan, et il en va de même avec les autres. Et quand il leur arrive quelque chose, on ne s'émeut pas.
Le talent des acteurs est donc un des grands atouts du film. Mais les frères Coen ne se sont pas contentés de réunir les meilleurs acteurs de leur carnet d'adresse. Par l'absurde, par le ridicule, ils ont su montrer les effets de la bêtise, de l'étroitesse d'esprit et de la peur sur des gens normaux. La normalité et l'anormalité sont d'ailleurs des sujets fondamentaux ici. Le film est un engrenage fou, une suite loufoque de rebondissements qui vont amener au drame.
Pas de beauté ici, pas de nobles sentiments, le sexe et l'intérêt guident tout et tous.
Une certaine cruauté donc, on rit de la bassesse des personnages, mais finalement, les frères Coen nous montrent là l'humanité dans toute sa (triste ?) réalité.

mercredi 3 décembre 2008

Hommage à Jean Aubin

J'ai appris aujourd'hui le décès du peintre Jean Aubin.
Depuis que je suis toute petite, Jean Aubin a fait partie de mes vacances. Avec mes grands-parents, nous allions le voir dans sa maison près de Poitiers, il nous entraînait alors dans son atelier, au sous-sol, et, pendant que j'écoutais, émerveillée, nous parlait inlassablement, et passionnément de son travail.
Passionné, Jean Aubin l'était. Il était professeur d'arts plastiques, mais il a toujours créé.
Je me rappelle de certaines de ses "phases expérimentales" : il y a eu l'époque où il créait des cadres incroyables, en bois, mais avec des petits cachettes, des trappes à soulever, et derrière lesquelles on trouvait de petits poèmes de sa plume.
Ses aquarelles étaient captivantes de lumière et de finesse... Je pense par exemple à celle intitulée "Vouloir marcher pieds nus dans la rosée", qui n'était qu'une explosion de douces couleurs, et devant laquelle on sentait effectivement la rosée sous nos pieds...
Il était aussi un incroyable technicien, un inventeur. Il a fait des émaux, des sculptures...
Jean Aubin, c'était un bouillonnement permanent d'idées, une technique élaborée, une peinture drôle et belle, un humour infini (son tableau "Passerelle pour les anges aptères" m'a longtemps interrogé, et toujours fasciné), un rire trés communicatif, une gentillesse, une bonté, une volonté de partage...
Je le garderai toujours en mémoire, et ses deux aquarelles sur mes murs seront des hommages quotidiens à une trés belle personne...

mardi 2 décembre 2008

Venise à Bâle


Going to the Ball (San Martino), William Turner, 1846.

Samedi, expédition à Bâle, pour voir l'exposition "Venise" à la Fondation Beyeler.
L'expo thématique présente des oeuvres d'une douzaine de très grands peintres, sur le thème de la Sérénissime. Par salle, on découvre des chefs d'oeuvres de Canaletto, de Francesco Guardi, de Turner, de Monet, Manet, Renoir, Signac, Redon, Whistler, Sargent... En tout 150 oeuvres pour nous émerveiller et nous faire voyager.
Avant de commenter les oeuvres, je voudrais dire un mot de mon expérience suisse. J'ai en effet pu découvrir la "manière" suisse pour une grande expo telle que "Venise". J'ai d'abord remarqué la sobriété de la muséographie. Beaucoup de blanc, trés peu de salles peintes autrement, des cartels transparents, et chose plus surprenante pour la française que je suis, aucun texte sur les murs. Les textes sont sur un dépliant disponible à l'entrée. La notice est ciblée sur certaines oeuvres, d'autres sont absentes. Il n'y a pas vraiment d'explications sur le lien entre les oeuvres, ou sur le choix des artistes. Sobriété excessive ?
En tout cas, je dois dire que l'évolution de l'ensemble est réussie : on avance de façon fluide d'oeuvre en oeuvre, de période en période, de style en style. Et il y en a pour tous les goûts. Certains peuvent admirer la précision d'un Canaletto, d'autres la vie présente dans une vedute de Guardi, ou le fourmillement des toiles de Signac, la matière fabuleuse des oeuvres de Redon, la puissance évocative des eaux fortes de Whistler, ou enfin la vérité des personnages de Sargent...
Personnellement, j'ai été fascinée par Turner. Sa Salute dorée, ses visions fantomatiques de Venise, pourtant toujours bien présente derrière la brume... La ville disparait peu à peu, avec l'avancée du peintre dans son expérience picturale de réenchentement du monde. Ses vues deviennent de plus en plus absentes, mais paradoxalement, on ressent toujours plus la magie du lieu, son indicible évanescence... Ses aquarelles ont elles la modernité d'un Monet, et la fulgurance d'un Nolde. Leur légéreté leur donne une présence incroyable. Tout est paradoxal chez Turner, mais j'ai eu l'impression qu'il est celui qui, le mieux, a su capter le sens caché de cette ville si mystérieuse qu'est Venise. Il a compris que sa fragilité, et son inextricable constitution de trois éléments, air, terre et eau, lui donnent sa force et son unicité. Un Turner, c'est une ode à Venise !
Cette riche exposition a donc été un beau voyage dans la peinture, le temps, et l'espace...

Le Palais Contarini, Claude Monet, 1908.

A chaud : Stravinski sous la pyramide

Expérience puissante ce soir au Louvre : Pierre Boulez a dirigé L'Oiseau de feu sous la pyramide.
Le chef d'orchestre connu mondialement a donc fait don de son temps et de son talent aux 2000 personnes assises par terre, sous le ciel parisien, avec l'orchestre de Paris sous sa direction.
L'impression de cette foule rassemblée pour de la musique classique, qui plus est pour une oeuvre un peu difficile, cette pyramide illuminée successivement de rouge, de jaune, de vert, tout ceci a conféré au concert une touche magique. Des jeunes, des moins jeunes, un bébé, qui a largement exprimé son opinion pendant le Premier tableau... Et puis Stravinski. Son oeuvre imagée, puissante... On sursaute à un enflement soudain de l'orchestre, à cette musique parfois brutale et primitive. Puis on s'attendrit sur une mélodie sinueuse pleine de douceur et d'élégance. Et quoi qu'il arrive, on frissonne.
Le souffle de la partition est parfaitement rendu par l'Orchestre de Paris, qui a joué avec justesse et subtilité. Boulez a bien su donné à son public la véritable dimension de cette oeuvre majeure, et pourtant premier ballet du jeune Stravinski. Il m'a semblé que la foule (moi comprise) a mis une bonne dizaine de minutes à rentrer dans l'oeuvre, car le vrai silence a mis ce temps à s'étendre. Mais une fois entrés dans l'atmosphère, nous avons tous vécu ces quelques minutes au rythme lumineux, drôle et vibrant de la musique de Stravinski.
La communion de tous ces gens, la présence de Boulez, les acclamations enthousiastes à la fin, et surtout surtout l'Oiseau de feu... Une soirée marquante, mais trop courte. On en redemande !

samedi 22 novembre 2008

Le Génie de la Couleur au Musée d'Art Moderne


La Plage à Sainte Adresse, 1906, collection privée.

Raoul Dufy s'expose pour la première fois dans une grande rétrospective parisienne au Musée d'art moderne de la Ville de Paris, jusqu'au 11 janvier.

L'exposition n'est peut être pas parfaite, et elle est un peu longue, mais elle a le grand mérite de rendre justice à son artiste. Elle montre très bien la diversité du talent de Dufy, peintre, aquarelliste, céramiste, dessinateur pour textiles, décorateur, graveur... Les différentes facettes de son talent sont toutes illustrées avec richesse.
L'expo est logiquement chronologique, et on comprend bien le côté systématiquement avant-gardiste de l'artiste : il fut successivement impressionniste, fauve, cézannien, quasi cubiste... Mais à chaque courant il a su apporter sa touche, son originalité. Son impressionnisme est gras, épais, et très vivement coloré. Son fauvisme n'a pas les mêmes thèmes que Vlaminck ou Matisse : il peint des scènes populaires dans des paysages. Et ces scènes ont toujours un côté naïf qui lui est propre. Par contre sa phase cézannienne est la plus pauvre, car il réduit sa palette aux trois couleurs du maître mais ne sait pas tirer partie des possibilités de la touche si caractéristique de Cézanne. Le résultat est une série de mauvais Cézanne.
En 1907, il collabore avec Apollinaire et illustre le Cortège d'Orphée. Le primitivisme de ses figures, et leur naïveté font de l'ouvrage un ensemble puissamment évocateur.
Puis sa rencontre en 1909 avec Paul Poiret est fondamentale : ils créent la Petite usine à Paris, où ils produisent des tissus imprimés en série. C'est le début d'une carrière pour Dufy : il crée entre 1910 et 1930 plus de 3000 modèles en gouache pour les lyonnais Bianchini et Férier.
Exemple de tissu crée à Lyon d'après une gouache de Dufy.

L'aquarelle est aussi un domaine où Dufy excelle, et ses aquarelles du Maroc et de Venise sont magnifiques, à la fois sobres et fouillées, à la fois classiques et "couleur locale".
Dufy, tout comme Picasso, se fait aussi un temps céramiste, et le résultat est comme le reste de son oeuvre : coloré et vivant. L'exposition s'organise ensuite par thèmes : l'atelier, le portrait, les natures mortes, la musique, les cargos noirs...
Elle est très et trop riche pour que je puisse parler de tout, mais ce qui se dégage de l'ensemble de l'oeuvre du peintre est une liberté géniale. Une liberté du trait d'abord, qui ne correspond jamais aux aplats de couleurs, ce qui est devenu sa marque : ses arabesques s'envolent librement hors des champs prévus, et donnent une impression de légèreté infinie. Une liberté de la couleur aussi : je n'ai jamais vu d'aussi beaux verts chez aucun autre peintre... Dans La Baie de Sainte Adresse, de 1906, qui fait partie de la collection Alain Delon (le veinard), la mer est d'un vert profond, turquoise, à la fois réel et surréaliste. Dufy a des verts acidulés, des oranges francs, des roses doux... Il est un coloriste surdoué, qui sait donner à chaque chose qu'il représente vie et gaieté.
Il sait créer un univers fou, florissant, vibrant, comme celui du tableau La Grille, ou celui de la Fée électricité, immense fresque du musée d'art moderne. On y retrouve un peu de Chagall, de Matisse, mais l'intense poésie qu'il confère à chaque oeuvre est sienne, elle est sa marque, sa signature et sa plus belle réussite...

vendredi 21 novembre 2008

Rock et Bourgeat














Ici l'oeuvre de Bourgeat intitulée Rock'n Roll, de 1999, collection du Ministère de la Culture.
Et en face le dessin de Philippe Vuillemin sur l'oeuvre.